Que se passe t'il ? Je me mets à avoir mal au ventre, une douleur que je croyais disparue. Il arrive, il est déjà en moi. Il se raccroche à ce qu'il reste de lui en moi. Un cri assourdissant retentit, me brise les tympans et me met à genoux.
J'ai juste la force de lever les yeux et de le voir arriver. Il marche à présent, calmement. Il a ma taille, ma carrure, il est moi. A deux différences près. Il est bien plus puissant que moi, et... Il n'a que ma silhouette. Il n'a aucun visage propre, ça n'est qu'une ombre, un ectoplasme. Il ne porte rien sur lui, ses contours sont justes perceptibles. Pourtant, malgré tout cela je sais qu'Il fait partie de moi.
Il approche calmement. Je recule, je suis apeuré. D'où vient cette peur ? De lui sûrement. Il incarne la puissance même, la force à l'état brut. La mort. Une branche me fait barrage et je tombe sur le dos. Il est à présent à six mètres. Il se poste là, devant moi. Sans aucune once d'agression dans son attitude, ou ce que je puis en percevoir.
"Tu n'es pas encore prêt à atteindre le Mont, réalises-le. Tu n'as pas assez de vertu, ton c½ur n'est pas assez pur. Je ne t'ai que trop souillé. Commence par te racheter envers la Vie, puis la Mort. Je dois te laisser, les Enfers m'appellent. Adieu, et excuse-moi."
Et puis paf, il s'est volatilisé, ou plutôt dissout. J'ai vraiment du mal à comprendre et à croire. Je me rappelle avoir négligé une part de moi-même. Et qu'un jour, lors de ce que l'on peut appeler "crise", j'ai vu comme un filament noir s'échapper de ma bouche et se dissoudre aussitôt.
Je sais qui il était. Il était cette partie noire qui sommeille en chacun de nous, celle qui séduit et mène à la destruction. Celui que j'ai finalement rejeté. Ce qu'il dit avait beau être insensé, je savais au fond de moi que c'était vrai, même si mal exprimé. Ainsi décidais-je de me relever et de reprendre ma route.
J'ai réalisé alors que lors de ma rencontre avec lui, j'avais perdu toute notion du temps, que tout avait disparut sinon moi et lui. Et j'ai aussi réalisé que le milieu de la journée pointait et que je commençais à avoir faim. Ainsi donc je fis une pose et fouilla dans mon sac. Au menu : champignons crus.